13.06.2008

En travaux

Chapitre I.

Imagine mon coquelicot. Imagine un grand escalier, plein d'étages. Plus tu montes, plus les marches grincent, plus elles craquent, plus elles chantent que t'y arrives bientôt. Combien de fois y ai-je couru ? Combien de fois mes jambes y ont tremblé ? Combien de fois mon sac m'a-t-il paru léger à porter jusque là? Car c'était là. En haut à gauche bien sûr. Mais aussi et surtout en haut à droite. Quatre vingt dix centimètres carrés à moi. Rien qu'à moi. Toujours là. "Punaise mais où donc qu'elle est cette associable?". Là haut, encore et toujours. Là haut, avec mes livres, mon stylo, mes feuilles jamais blanches. Combien de pages ai-je dévoré là-haut ? Combien en ai-je écrit puis jeté ? Souvent un paquet de petits gâteaux, surtout les mercredi. Parfois un chocolat et du chocolat. Parfois des heures. Parfois des larmes, souvent des sourires et des papillons dans le bidon. Mes fesses toujours en solitaire sur cette marche qui mène à rien, sauf deux fois. Mon paradis, ma bulle, mon quartier général, mon île, mon nuage. Mon "j'oublie la maison, j'oublie les maths, j'oublie les cons." Ma cachette à espionnage. Avec la lumière éphémère, le 'tain de minuteur à vingt mètres. Combien de fois me suis relevée en continuant à lire pour le rallumer ? Combien de fois suis-je restée dans le noir à rêver ? Rêver, et puis une voix, une autre, des pas, des pas de courses, des rires et des altercations. Intouchable dans ma bulle, Dieu et les livres dans mon dos, et un parfait gardien. Imagine mon coquelicot, pas tout à fait un banc de pierre. Mais encore mieux. Parce qu'un banc de pierre peut se casser, se fissurer, s'user. Pas ce gardien, pas cet étrange personnage. Combien de fois m'a-t-il aidée à ne pas toucher le fond ? Tes doigts et tes orteils plusse les miens ne suffiraient pas à compter. Parfois le gardien s'enfermait dans son phare et moi dans ma bulle. Son phare était vert comme l'espoir. ça lui allait bien l'espoir. C'était tellement bien. Parfois juste deux mots. Parfois rien. Un livre. Un chocolat. Un Prince (pour une fois meilleur que les BN et les REM). Son humour à trois carambars. Des rires, mais oui ! Une grenouille avec son échelle. Des quatre en maths et des six en physique sont venus voir par là comment c'était mais sont vite repartis. Le phare vert apparaissait toujours au fond de mon tunnel d'or. Le calme après la tempête. Il était là ce phare, bien rassurant car c'est évident mon coquelicot non ? Les phares résistent à toutes les tempêtes. Les gens pouvaient bien croire ce qu'ils voulaient, ça m'était bien égal tu comprends ? Je n'étais plus seule. Et je pouvais parler sans qu'on me rie au nez, je pouvais pleurer si je voulais, je pouvais être moi même si je ne le voulais pas.
Mais pourtant, il a bien fallu partir. Il était temps de passer dans le monde des plus grands. J'y suis retournée bien sûr, je n'ai jamais oublié le chemin. Comment oublier ? Une phrase sur un émile, une 'tain de phrase qui m'a fait comprendre que mes escaliers étaient bien les miens. Alors évidemment que je les ai remontés. Je m'y suis assise, sur ma marche. Mais je n'ai pas eu envie de pleurer. Deux fois par an, c'était suffisant pour que la mélancolie ne noie par le bonheur qui y restait.
Je viens d'y retourner. C'était la dernière fois. Le choc. Il me l'avait dit pourtant. "Prépare toi. Le choc." Et là, un phare cassé, vidé, étripé, violé, dévasté, bétonné, amoché. Ce ne peut pas être possible pourtant. J'aurais pu tomber dans le tourbillon, et ne faire que de me répéter "non, non, non j'veux pas, encore, encore un peu de sursis." Un papillon dans le bidon a réveillé ses ailes, juste le temps d'un souffle, le temps du pincement, le temps de dire "qu'est-ce que c'était bien". Et puis, j'étais devenue grande un peu depuis. Alors j'ai regardé une dernière fois mon phare en miette, ma marche, je lui ai souri et j'ai dit "c'est fini". Et puis, puisque pour lui c'était fini, alors on a pris nos sourires et nos souvenirs, on a dégonflé la bulle, coincée au fond dla poche, et on a tourné la page.

Chapitre II.




12.06.2008

Le Tunnel

Cherche gens qui pourrait m'apprendre à faire un vrai site Internet. Pas cher.

Cherche moyen de se noyer dans une chanson. Bonnet de bain non obligatoire.

Cherche prof de percus. Sérieux s'abstenir.

Cherche clou pour crever les pneus du gens du service informatique. Rouillé de préférence.

Cherche billet aller pour La Réunion. Avec un crochet pour la Martinique.

Cherche courage et motivation. Tous prix.

Echange Pseudomonas contre une semaine de vacances. Look Star Trek garanti.

Echange rhubarbe fraîche contre tarte déjà prête. Pas trop sucrée merci.

Vend lacheté. Donne, même.

Vend un ordi qui rame. Rames non fournies.

Garde un rendez-vous demain à 15h. Ni échangé, ni remboursé.

Garde part de charlotte aux fraises de maman Odile. Voir modalités dans le frigo participant.

Garde un chat blotti sur mes genoux. Poils partout inclus.

Achète pour toujours un sushi et un coquelicot. Incessible.

17.03.2008

Fonds de tiroir, poil à l'arrosoir

Dans une rue de Paname

Errant sur noooooos vééélos... Parce que oui, pas de métro, comme ça c'est plus rigolo. Plus rigolo aussi avec du retard à droite à gauche et plus rigolo en costard et basket. Plus rigolo avec des vitesses qui passent pas et plus rigolo avec un Do qui ne sait pas choisir sa conso. Alors oui, un Do, un! Bien frais s'il vous plaît. Un coquelicot aussi, bien chargé, pour changer. Et tout ce petit monde venu exprèèèèès pour voir deux pirates et leurs guitares s'accorder dans un bar magique. Mais forcément, forcément. Une pichnette à la RATP et hop! Les deux pirates transformés en un, les guitares au placard et l'Abracadabar changé en petit chinois (et aveeeec?). Outre un Do, nous n'avons pas eu de notes de musiques. Mais on a entendu des sourires et des yeux qui font "yiiihaaa" alors le reste sera pour une autre fois.

Sans contrefaçons je suis un glaçon

Du bruit. Des tas de gens qui attendent devant une petite machine qui indique l'heure. Des mikados-réchauffe coeur. Des soupes-réchauffe le reste. Des gants et un gilet anti-froid qui marchent pas. Une bobine de laminé qui me coupe les doigts, et qui foire tout le temps ("Ton laminé, cocotte!!!"). Des palettes qui tombent sans cesse. Le défilé incessant des cartons qui se balladent dans toute l'usine. Du jambon, du saucisson, du pâté, du fromage de tête qui la prend. Un "ooohh purréééée ça coûtait vingt z'euros!!" (on peut bien s'moquer des lorrains, mais au moins, le "t" à la fin de Vingte, on l'a pas inventé).